Les manifestations de lycéens, ça me rappelle ce que je raconte comme étant l’«année de la grande chiasse». Je suppose que nombreux sont ceux qui se demandent quel rapport peut-il y avoir entre des manifs de lycéens et une chiasse, aussi grande soit-elle. Et bien je vais vous l’expliquer.
En ce temps là, Emil Antic était jeune, et … Hein ? … ben oui, j’ai été jeune moi aussi bande de galopins ! … bon cessez de m’interrompre, sinon je raconte pas ! Alors voilà :
En ce temps là disais-je, j’étais lycéen, interne comme je l’ai déjà dit dans un post précédent. Et à l’époque, (vers 1962/1963), nous mangions matin et soir au réfectoire. Les menus étaient variés d’un jour sur l’autre mais pas d’une semaine sur l’autre. Or donc un jour de cette année, dont je n’ai pas la date exacte, il arriva quelque chose d’extraordinaire, dont je ne fut le témoin que le lendemain matin. Nous avions, nous autres les internes, passé une journée normale semblait-il, et le soir, à 21 heures 30 précises, au dortoir comme tous les autres soirs, ce fut l’extinction des feux. … « Tout le monde au lit, et je ne veux plus rien entendre ! » disait le pion. Personnellement je dormis comme d’habitude, et rien ne me parut suspect pendant la nuit. C’est au petit matin, quand tout s’éveilla que je découvris l’ampleur des dégats !!!
MAINTENANT, ÂMES SENSIBLES, S’ABSTENIR !!!
D’abord, une odeur bizarre, inhabituelle que, embrumé encore par les restes de la nuit, je ne définis pas tout de suite. Mais cela ne dura pas ! C’était une odeur, que dis-je une odeur ? Une pestilance (c a d une odeur pestilentielle), qui avait envahi tout le dortoir où dormaient 70 à 80 élèves. Hé oui, vous avez compris, dans la nuit, 80% environ des dormeurs avaient vu leur sommeil interrompu par , … eueuh , … une bonne chiasse. Oui, je sais, ça n’est pas très délicat comme mot, mais c’est exactement celui qui convient ! Et alors imaginez : pour les 70 à 80 lits du dortoir, il n’y avait qu’un seul chiotte !!! Et en plus : à la turc !!! …
Je m’excuse à l’avance de ce qui suit, mais c’est ce que j’ai découvert au petit matin, moi qui n’avais pas subi les affres de cette gastro, car c’est de cela qu’il s’agissait ! ! … L’unique chiotte … débordait, … pire, … il dégoulinait de … de … merde. Oui je sais c’est horriblement vulgaire et terriblement précis, mais d’un autre côté, c’était la triste réalité. Il y en avait partout. Les pauvres malades nocturnes qui n’avaient pas eu la chance (mais en était-ce une), d’accéder au trou libérateur des gogues à la turc, s’étaient rabattus sur les … lavabos !!! … POUAAAAAAH ! … (Je ne vous le fais pas dire.) … D’autres plus chanceux, avaient réussit à gagner les goguenots de la cour de récréation, et dieu sait si ça n’était pas facile, vu que les portes étaient fermées à clef. (Heureusement, elles étaient à doubles battants). … Bref, c’était la merde !!!
Ceci dit, au matin, (lever à 6 heures 30), après le petit déjeuner, (de 7 heures 30 à 7 heures 45), ce fut la manifestation !! La seule manifestation lycéenne que j’ai connue pendant les 9 années que j’ai passées au lycée Jean Giraudoux. Et bien qu’indemne de la grande chiasse, j’y ai participé pour soutenir mes CAMARADES !! … Qu’avons-nous fait ? … Nous, tous les internes, (car les autres dortoirs avaient subit le même sort), nous sommes rendus en masse à l’infirmerie pour avoir une dose d’«élixir parégorique» qui était à l’époque le produit miracle anti-chiasse ! … J’aime autant vous dire que 250 à 300 élèves dans un escalier, en marbre jusqu’au premier étage, où se situaient le bureau et l’appartement du proviseur, puis en bois jusqu’au deuxième étage où se trouvait l’infirmerie, ça fait du bruit !!! La pauvre infirmière s’était retranchée dans son local. Elle avait reçu les premiers élèves qui connaissaient l’existence de l’élixir miracle, mais quand la majorité des individus que nous étions connurent la nouvelle, elle se propagea comme une traînée de poudre et tout l’escalier menant à l’infirmerie fut envahi. Il ne restait à notre infirmière qu’une solution, s’enfermer.
Le tapage éveilla l’attention des autorités, surveillant général, censeur et jusqu’au proviseur. Une délégation lycéenne «palabra» avec iceux. … Puis on décida d’une grève de la faim, on prévînt la presse, et nous eûmes même les honneurs d’un communiqué d’information sur radio-Luxembourg, (pas encore RTL à l’époque). Pour les anciens ce fut dans l’émission « 10 millions d’auditeurs ».
Finalement, on accusa la viande !! Le proviseur vînt même partager un repas avec nous au réfectoire pour prouver l’amélioration, entre parenthèse, ce fut notre meilleur repas, et pour finir, la femme du proviseur, prof de maths à l’occasion, eut le mot de la fin : elle affirma que la nourriture avait été sabotée pour faire perdre notre équipe de football (cadets) qui devait disputer la finale du championnat d’académie le lendemain. A ce sujet, au cours de ce match, je me souviens que certains de nos joueurs coururent aux chiottes à la mi-temps !! … Allez savoir si cette brave épouse n’avait pas raison. !!!
Ce fut ma seule manifestation de lycéen !!!
Emil Antic …(soi même).






